11/06/2026

Postpunk revival (1)

Evoquons enfin l'éléphant dans la pièce : les revivals.

Au début des années 2000, il y eut un important revivalisme rock, considéré par beaucoup comme le retour d'un certain alternatif, face aux tendances post-grunge et post-britpop. Dans le lot, une meute de nouveaux groupes d'influences post-punks occupèrent le devant de la scène.

En particulier, à partir de la souche la plus angulaire du postpunk, avec des groupes comme Wire et Gang of Four.

La fascination qu'exerçaient alors les 80's sur ces jeunes musiciens répondait à une ère d'indie pop et d'alt rock sans ambition, trahissant ce que les épithètes « indépendant » et « alternative » purent avoir représenté. L'après-punk apparaissait alors comme un âge d'or perdu d'innovation et de prétention artistique, un ensemble de possibilités sonores, à explorer et approfondir.

Beaucoup de ces artistes furent excellents, réagissant à un climat d'urgence, fougueux et motivés.

Mais comme le rappel Simon Reynoldsil y une contradiction intrinsèque à se référer au postpunk, qui était farouchement opposé à la nostalgie et attaché à l’éthos moderniste. 

Ces groupes neo-post-punk, encore imprégnés de la mentalité ironique et désengagée des 90's, évitèrent de faire de la politique avec la pop, pour rester cools. N'allant pas plus loin qu'un militantisme creux, malgré une actualité mondiale intense.

Tous revivalistes, avec leurs dettes discernables, ne peuvent qu'échouer à ses montrer à la hauteur de ce que le postpunk représentait historiquement. Et ce malgré la radicalité encore pérenne de certaines formules.


La « new rock revolution » des 00's revitalisa la scène musicale britannique. Soutenue par l'enthousiasme de la presse musicale - NME en tête - une effervescence créative croissante balaya le format indie, au point qu'à la fin de la décennie, le terme était devenu quasiment vide de sens.

En 2007, Andrew Harrison du magazine The Word, trouva une formule « landfill indie », capturant ce sentiment de surproduction de groupes qui paraissaient interchangeables.


Le trait commun de cette décharge était le recyclage des grands mouvements de la pop outre-Manche : mod, ska, glam, punk, new wave, postpunk, britpop, etc. Evoquant pêle-mêle XTC, Madness, The Cure, The Jam, The Clash ou Orange Juice.

Mais la musique n’était juste plus innovante et trop rarement artistiquement aventureuse. Sans pour autant être qualifié de rétro, rien chez eux n'aurait été incompréhensible en 1985.

En parallèle, les noughties donnèrent naissance au grime : l'un des développements musicaux britanniques les plus importants depuis des décennies. Issu du continuum hardcore, cet adelphe verbeux et articulé du dubstep était ancré dans le réel, agressif et maniaque et vraiment innovant.

Voir aussi la toute première note du blog qui recherchait alors des courants musicaux contemporains présentant une démarche analogue au postpunk (2013)

Sources / pour aller plus loin :

Simon Reynolds, Rip it up and start again (2005)
Simon Reynolds, Postpunk then and now (2009)
Simon Reynolds,
Clearing up the indie landfill (2010)
Simon Reynolds, Grime and dubstep: a noise you could believe in (2010)
J. Akinfenwa, T. Joshi & E. Garland, 
The Top 50 Greatest Landfill Indie Songs of All Time (VICE, 2020)
Mark Beaumont, 
The term 'landfill indie' is pure snobbery (NME, 2020)
Alexandre Gimenez-Fauvety, 
Landfill Indie : retour sur l’indie-rock des années 2000 (2020)
Omar Soliman, A Response To 'Landfill Indie' (2024)