Simon Reynolds a longuement écrit pour présenter le postpunk comme une contre-culture qui, quoique fragmentée, fut animée par la conviction commune que la musique pouvait et devait changer le monde.
Le punk avait permis de transformer des idées confrontationnelles en une prose pop.
Mais cette vague était, dans un certain sens, naïvement romantique. Pour nombreux musiciens postpunks, la politique, en tant que catégorie élargie, couvrait toute la surface de la réalité, de l’amour aux loisirs en passant par le langage lui-même. Une vision totale avec des micro-politiques personnelles enchevêtrées dans l’oppression et la fausse conscience.
Le conceptualisme et la démystification étaient devenus populaires et représentaient donc la dernière mesure de l’authenticité.
Internationale situationniste, anarchisme, marxisme, ...
Dans ce moment de modernisme populaire, le postpunk mis en musique l'idée gramscienne de changement culturel précédant le changement politique.
Il y avait des tensions au sein du postpunk. Comme la contre-culture à partir de laquelle il s’est développé, le courant dans son ensemble n’a pas toujours été un phénomène gauchiste, loin de là.
Dialectiquement, le postpunk a fini par engendrer sa propre némésis sous la forme d’un romantisme et d’un mysticisme renouvelés, un désir pour une sorte d’extérieur qui transcenderait le politique/social. Evitant le politique en faveur des émotions intérieures et des dilemmes existentiels.
Note pour se préparer à la Troisième Guerre Mondiale.
Le tournant de la décennie 70-80 était marqué par toutes sortes de craintes et de tensions, mais la plus terrifiante restait la Guerre Froide et ses armes de destruction massive. Les musiciens puisant dans le zeitgeist, l'anxiété nucléaire rentra dans le Top 20.
Et d'innombrables post-punks chantèrent, obliquement ou directement, la fin du monde comme une perspective réelle et imminente.
Bien que les représentations populaires de la new pop et de l'electro suggèrent apolitisme et escapisme, ces tendances étaient loin de danser sur un volcan.
La nostalgie 80s dans ses tons néon élude ce climat apocalyptique qui traversait la décennie : la guerre nucléaire totale omniprésente dans la conscience collective et dans les productions culturelles.
40 ans plus tard, cela est de nouveau palpable, car les enjeux géopolitiques et climatiques menacent une fois encore l’existence même du monde.
En ce jour d'élections, évoquons la politique de l'après-punk.
Beaucoup d'auditeurs francophones ont embrassé une définition biaisée et cultureuse du post-punk, imaginant les musiciens de cette période dévoués à un apolitisme arty coincés entre les anarcho-gauchistes et les skins neo-nazis de la seconde vague punk.
Voici une sélection de quelques sessions, vaguement classées par positionnement, témoignant du foisonnement politique de cette fin des années 70 :
des marxistes, parfois très théoriques
des socialistes, solidaires avec les travailleurs
des anti-racistes, face à la montée du BNF
des rousseauistes, dans un trip alter-mondialiste
des féministes, à la recherche d'égalité dans les relations humaines
des anarchistes, avec des aspirations libertariennes
Depuis les débuts de la pop music enregistrée, le rôle des femmes a plus souvent été celui de petites amies, groupies des musiciens ou poupées de producteurs-mentors.
Dans la (contre-) culture rock classique, les femmes demeurent coincées entre une figure maternelle désexualisée et une figure libre et sauvage de libertine.
Bien sûr, il y eut de nombreuses féministes importantes, mais peu de chamboulements fondamentaux de l'idéologie masculine du rock qui atteint une acmé lors de la old wave. Il a fallu attendre la composante féminine du mouvement punk (et son questionnement culturel, politique et social) pour faire avancer plus franchement le sujet.
Ce fut une période faste pour les voix féminines idiosyncratiques, et la critique des bases culturelles du sexisme. Il se distingua dans le sillage du punk ce que l'on pourrait nommer un « féminisme new wave » qui permit à de nombreuses chanteuses et musiciennes de revendiquer leurs places dans la société pop.
Certaines plus radicales refusèrent le jeu de rôle homme/femme et se réunirent dans des groupes vraiment mixtes ou 100% féminins.
Dans The Sex Revolts: Gender, Rebellion and Rock'N'Roll (1996), Simon Reynolds et Joy Press présentent certaines stratégies par lesquels les artistes femmes ont lutté pour imaginer et créer une forme de rébellion qui leur soit propres. En appliquant cela à nos années 1976 à 1984, nous pouvons alors distinguer :
la célébration postmoderne de l'imagerie et iconographie féminines, avec une conscience de la facticité des représentations culturelles.
l'imitation de la rébellion masculine, avec l'incarnation de sa rudesse, son indépendance et son irrévérence.
L'invocation d'archétypes négatifs, comme l'hystérique et la sorcière, avec l'expulsion de l'oppression par une indocilité quasi naturalisée.
la démystification de la féminité conventionnelle, avec distanciation critique et une mise en scène de la tension des politiques personnelles.
la mascarade et l'androgynie, avec une définition du genre plus fluide pour provoquer et mettre en déroute le regard masculin.