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30/03/2026

Mutant Disco (3/3)

Troisième note sur le disco. Faisons une escale à New York.

L’influence du disco sur la new wave américaine n’est pas assez soulignée. La sophistication rythmique et l'accent mis sur le groove inhérent au disco s'infiltrèrent pourtant dans les genres pop où les chansons fonctionnent comme une musique de danse, en particulier ceux en marge du rock.


Il n'est pas absurde alors de parler de « dance-oriented rock », lequel investit, dès le début des années 80, les dérivés dansants du postpunk, comme la new pop et sa second british invasion. 

En Amérique du Nord, la chute du disco produisit un résultat différent. Plutôt qu'une absorption du disco dans le postpunk, l'inverse fut observé. Surtout à New York où la discothèque retourna dans l'underground. 

La no wave avait déjà abordé l'idée d'une discothèque punk dans la tradition art-rock des conceptualistes non-musiciens. La scène engendra une nouvelle forme de musique post-disco, mettant moins l'accent sur la musicalité live et en utilisant davantage la technologie : boites-à-rythmes, basse synthétique et production imprégnée d'écho de style dub.

Cette phase de la musique new-yorkaise fut surnommé « mutant disco » :


Entretenant avec la no wave le même type de rapport que la new pop avec le postpunk, le mutant disco poursuivit le travail entamé par son prédécesseur vers un terrain nettement plus dansant et une subversion plus subtile. Si le disco fut permissif dans le cadre de son engagement à divertir et produire des tubes, le mutant disco transforma cet ésotérisme en une esthétique arty auto-consciente.

Des britanniques craquèrent pour le foisonnement stylistique du New York post-disco et leur musique en assimila progressivement les nouveaux sons.

Interviewé dans Totally Wired (2009), Steven Morris rappela qu'avec le post-punk, c'était devenu acceptable d'aimer le disco.

Sources / pour aller plus loin

Robert Christgau, Postpunk-Postdisco Fusion (1990)
Simon Reynolds, Life and Death on the New York Dance Floor (2017)

02/09/2023

Films de l'après-punk

Parlons des films musicaux de l'après-punk.


Avec tous les revivalismes et l'omniprésence des décennies passés, il serait vain de faire la liste des films contemporains ayant pour cadre les musiques de la fin des 70s ou des 80s.


Exit également les biopics, comme par exemple :
 
Évoquons plutôt des films vraiment d'époque :
  • Jubilee (Derek Jarman, 1978) avec Jordan, Toyah Willcox, Adam Ant et une participation des Banshees et des Slits
  • Breaking Glass (Brian Gibson, 1980) avec Hazel O'Connor
  • La Brune et Moi (Philippe Puicouyoul, 1981) avec Édith Nylon, Marquis de Sade et d'autres jeunes gens modernes.
  • Downtown 81 (Edo Bertoglio, 2001) avec Jean-Michel Basquiat rencontrant, entre autres, Tuxedomoon, DNA, Kid Creole, James Chance et Debbie Harry.
 
  • Ladies and Gentlemen, The Fabulous Stains (Lou Adler, 1982) avec Steve Jones et Paul Cook période The Professionals, et Paul Simonon.
  • Starstruck (Gillian Armstrong, 1982)

15/02/2021

Punkement funky

Cette note évoque la partie funky et dansante du postpunk, en vue de la sortie prochaine de la compilation Shake The Foundations: Militant Funk & The Post-Punk Dancefloor 1978-1984, chez Cherry Red.


Dès 1978, l'idée d'une musique dansante mais subversive, « perverted disco », « avant-funk » commença à circuler dans les cercles postpunk. En plus d'avoir intégré les leçons du reggae roots et du dub de l'époque, nombreux groupes profitèrent des apports formels de Sly Stone et de James Brown. Dès lors tous les instruments se mirent alors à remplir chacun une fonction rythmique.






« Le funk postmoderne qui combine les superbes rythmées de danse du début des seventies... avec l'agressivité et le côté explosif de 1976 » dixit Tony Wilson.

« Funk flesh + Punk attitude » fut donc le fantasme de l'époque. Mais le funk y fut remotivé par un remplacement de son extraversion par des préoccupation art rock. Cela donna naissance à une musique de danse difficile, plus adaptée à la contemplation cérébrale dans une chambre qu’à la frénésie des dancefloors. Pour Simon Frith, il s'agissait toujours de la mentalité rock progressif, mais appliquée au rythme, par opposition à la mélodie et à l’harmonie.

Cette avant-garde anti-rockiste ne voulaient pas copier la dance music noire avec déférence, mais la faire muter, la tordre vers quelque chose que plus tendu, aliéné et en lutte.






En 1981-82, le mot à la mode fut évidemment « funk ». Cependant, en 1983, la notion d'avant-funk ou de punk-funk était à bout de souffle et s’était enfermée dans ses propres clichés.

C'est pourquoi la phase suivante du postpunk embrassa l'electro, le synthfunk et leurs technologies en infiltrant que très peu leur doute ou crainte dans le mix via les paroles et l’approche vocale, mais sans vraiment en altérer radicalement la musique.

L'idée d'avant-funk resurgit de façon imprévue à Chicago, une demi-décennie après sa disparition, puis lorsque la rave passa au hardcore puis à la jungle.


Rappelons qu'il s'agit de la partie du postpunk qui avait le plus séduit l'indie lors du gros revival des noughties, probablement par son échec à être proprement funky.


Sources :

Simon  Reynolds, End of the Track (1987), Dancing on the Edge (2001), Rip It Up & Start Again (2005) + The Footnotes
Joseph Ghosn, le funk libère le punk, à travers la no wave et le punk-funk (2004)

05/12/2015

Saxophone dans l'après-punk

Cette note s’adresse en particulier à tous ceux pour qui cet instrument renvoie quasi-exclusivement à Careless Whisper, Joe le Taxi ou Run Away.



Plutôt associé au jazz et au rhythm'n'blues, le saxophone a été fréquemment présent dans l'histoire du rock et de la pop. Lors de la old wave, on le trouve sexy chez Pink Floyd, Supertramp ou Bruce Springsteen.

Le retour, avec le punk et la new wave, de formats plus énergiques et concis, permit de le réentendre sous sa forme la plus brute, pour des colorations aiguisées et urbaines. 



Parfois lugubres, conjurant une atmosphère mélancolique, ou encore cubistes, construites sur des riffs épileptiques free ; les onomatopées du sax explosèrent lors du postpunk et de la no wave.






Rapidement, les groupes dansant, de 2-Tone au mutant disco, utilisèrent ses vibrations pour remuer les foules.


Il est ensuite possible d'accuser la new pop, et sa préciosité, d'avoir incrusté l'image clichée d'un l'instrument sirupeux.