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28/03/2026

Perverted Disco (2/3)

Seconde note sur le disco. Après les old et new waves, parlons postpunk.

Vu du rock, le disco était artificiel et exagéré, plaçant la surface sur la substance, l'humeur sur le sens, l'action sur la pensée. Dans un sens, les sixties avaient été un voyage mental (marijuana, acide), la décennie suivante un voyage corporel (quaaludes, cocaïne). 

Le punk avait rejeté les racines rhythm'n'blues du rock, mais également le disco, jugé fade et coupé des réalité. Mais des groupes postpunk d'avant-garde incorporaient dans leur musique ses rythmes agiles, des lignes de basse fluides et des guitares d'inspiration funk. Dès 1978, l'idée d'une musique dansante mais subversive commença à circuler dans les cercles post-punks.

Voir la note sur le versant funky du postpunk.

Dans Hot Stuff: Disco and the Remaking of American Culture (2010), Alice Echols précise que le disco donnait le primat au synthétique sur l'organique, au découpage sur l'ensemble, au producteur sur l'artiste et à l'enregistrement studio sur la performance live. Soit une des composantes du déplacement anti-rockiste cher au postpunk. 

Le postpunk embrassait pleinement la méthodologie studio-as-instrument du dub et du disco. En termes esthétiques, les textures stratifiées de ces genres brisèrent le cadre punk de la new wave.

Le « perverted disco », pour reprendre une formule d'Andy Gill, combina le sérieux d'un rock arty, sa lutte avec la condition humaine, avec la physicalité du disco.

Plusieurs titres ouvertement disco ne mirent pas vraiment le feu aux dancefloors. Peut-être que qu'ils auraient dû être publiés par un label expérimenté dans la distribution des clubs et la promotion d'une musique de danse conçue sur des rythmes non conventionnels.

Plus tard suivront des « industrial disco », « dancecore », « euro body music ».

La suite ici.

Sources / pour aller plus loin :

Michael White, The Unlikeliest Marriage: When Disco Met Punk (2002)
Charles Kronengold, Exchange theories in disco, new wave, and album-oriented rock (2008)

15/02/2021

Punkement funky

Cette note évoque la partie funky et dansante du postpunk, en vue de la sortie prochaine de la compilation Shake The Foundations: Militant Funk & The Post-Punk Dancefloor 1978-1984, chez Cherry Red.


Dès 1978, l'idée d'une musique dansante mais subversive, « perverted disco », « avant-funk » commença à circuler dans les cercles postpunk. En plus d'avoir intégré les leçons du reggae roots et du dub de l'époque, nombreux groupes profitèrent des apports formels de Sly Stone et de James Brown. Dès lors tous les instruments se mirent alors à remplir chacun une fonction rythmique.






« Le funk postmoderne qui combine les superbes rythmées de danse du début des seventies... avec l'agressivité et le côté explosif de 1976 » dixit Tony Wilson.

« Funk flesh + Punk attitude » fut donc le fantasme de l'époque. Mais le funk y fut remotivé par un remplacement de son extraversion par des préoccupation art rock. Cela donna naissance à une musique de danse difficile, plus adaptée à la contemplation cérébrale dans une chambre qu’à la frénésie des dancefloors. Pour Simon Frith, il s'agissait toujours de la mentalité rock progressif, mais appliquée au rythme, par opposition à la mélodie et à l’harmonie.

Cette avant-garde anti-rockiste ne voulaient pas copier la dance music noire avec déférence, mais la faire muter, la tordre vers quelque chose que plus tendu, aliéné et en lutte.






En 1981-82, le mot à la mode fut évidemment « funk ». Cependant, en 1983, la notion d'avant-funk ou de punk-funk était à bout de souffle et s’était enfermée dans ses propres clichés.

C'est pourquoi la phase suivante du postpunk embrassa l'electro, le synthfunk et leurs technologies en infiltrant que très peu leur doute ou crainte dans le mix via les paroles et l’approche vocale, mais sans vraiment en altérer radicalement la musique.

L'idée d'avant-funk resurgit de façon imprévue à Chicago, une demi-décennie après sa disparition, puis lorsque la rave passa au hardcore puis à la jungle.


Rappelons qu'il s'agit de la partie du postpunk qui avait le plus séduit l'indie lors du gros revival des noughties, probablement par son échec à être proprement funky.


Sources :

Simon  Reynolds, End of the Track (1987), Dancing on the Edge (2001), Rip It Up & Start Again (2005) + The Footnotes
Joseph Ghosn, le funk libère le punk, à travers la no wave et le punk-funk (2004)