Que restait-il du postpunk dans les années 90 ? Dans quelles musiques de cette décennie pouvait-on encore entendre certaines de ses caractéristiques fondamentales ?
Dans la seconde moitié des années 80, les premiers morceaux acid house semblaient avoir fait renaître l'avant-funk, avec des échos de PiL, A Certain Ratio, 23 Skidoo ou Cabaret Voltaire : rythmes maniaques, lignes de basse menaçantes, espaces dub caverneux. Par son imaginaire même, cette musique revenait au principe du death disco.
Le postpunk poursuivit sa demie-vie subliminale dans la culture rave des années 90. Percussions hyper-rapides et fébriles, sensations vertigineuses d’une félicité déchirante, ambiance hantée et paranoïaque : certains morceaux de darkside jungle se rapprochaient de This Heat, Japan ou Bryne+Eno.
Il y eut également l'échantillonnage de grooves implacables venant du mutant disco.
Bristol, avec une présence multiraciale établie de longue date, a toujours produit sa propre variété de métissages subculturels : du postpunk dub-funk-jazz du Pop Group jusqu'au trip-hop. Ce dernier s’inscrivant autant dans une tradition art-rock britannique que dans la lignée plus évidente du hip-hop.
Alors que la Black Britain se manifestait dans la jungle et le trip-hop, la plupart des indie rockers anglais des années 80-90, non contents d'échouer à reproduire correctement le dynamisme rythmique de leurs sources des sixties, ont répugné à injecter dans leur musique l'énergie et l'innovation de la musique noire contemporaine.
A l'exception peut-être de la génération perdue du postrock :
Sur les limites du parallèle entre postpunk et hardcore continuum :
Le postpunk gardait toujours une intention expressive et une urgence communicative, tout simplement absente des dernières itérations électroniques, avec :
- un rapport à la vision d'artistes personnifiés, par opposition à l'anonymat de la rave
- presque toujours un format chansons, avec des paroles pouvant soutenir un propos, même dans ses extrémités soniques.
- une participation à un esprit contextuel plus large d'un mouvement, portant avec lui un impératif moral de communiquer, de contester et de s’opposer.
Cf. la note sur le modernisme populaire.
Simon Reynolds, Energy flash (1998)
Simon Reynolds, Pure fusion: multiculture versus monoculture (2000)
Simon Reynolds, Rip It Up and Start Again (2005)
Simon Reynolds, Bring The Noise (2008)










