08/10/2026

Punkement folk

Note sur certaines tendances folk de l'après-punk.

Dès le début des années 80, l'alternatif réintégra d'authentiques éléments de la mythologie rock old wave et pré-punk. En réaction au postpunk et à la new pop, ce qui semblait alors le plus productif était la relecture de cet héritage.

L'indie pop adopta une posture tournée vers l'euphorie et la nonchalance des années 60 et proposa avec sa forme « jangle pop » une version post-punk du folk-rock.

Pendant la bad music era de 1983 à 1986, le paysage musical semblait disparate et sans direction, les modes s'enchainaient comme autant de tentatives de perpétuer l’esprit de changement constant du postpunk, mais en s'en éloignant fondamentalement par des revivals.

Des renouveaux folk, skiffle, bluegrass et consorts, émergèrent des punks se réappropriant les folklores locaux : folk-punk, celtic-punk, cow-punk, etc

Les chansonniers du folk revival sixties furent considérés comme hors de propos dans le contexte du punk et de sa suite. Leur présence dominante dans la old wave avait entretenu une conception de validé et de maturité le rock : la musique roots américaine fusionnée avec des paroles poético-littéraires, la chanson-qui-raconte-une-histoire, etc.

Quelques figures de l'après-punk firent réapparaître la figure du chanteur protestataire infusé de country'n'folk, en solo ou en groupe.

En voici d'autres dans des captations plus récentes :

Voir également les notes sur le postpunk, ses influences folk et sa composante agit prop.

12/09/2026

Punkement ska

Après le punky reggae et le dubby postpunk, voici le revival ska.

L'avant-garde arty postpunk répondait au reggae contemporain et travaillait à partir de la production spatiale et de la menace apocalyptique lourde en basses du dub, mais laissant un vide quant à un son uptempo et punky reggae entraînant. 

Le mouvement 2-Tone arriva au bon moment, en se retournant vers une phase antérieure de la pop jamaïcaine : le ska 60's et le rocksteady. Une musique définie par sa brièveté, orientée autour du 45 tours 7" mono plutôt que par les extended 12" hi-fi ; la pop plutôt que le prog. Et leur rythme rapide et attaques de guitare saccadées étaient très compatibles avec l'angularité new wave. 

Voici le célèbre témoignage Dance Craze (Joe Massot, 1981) et ses moultes captations live :

Pendant deux ans, 2-Tone fut le son de la britpop.



Le reggae était au punk ce que le blues fut à la contre-culture : la forme noire que les rockers blancs ont modulée et mutée, les position existentielle et sensibilité noires sur lesquelles la bohême s'est modelée. Le postpunk s'était emparé du dub comme source anti-rockiste, pour un nouveau vocabulaire. Alors que les populistes avaient maintenu l'éthos anti-hippie du punk en s'attachant plutôt au ska cher aux skinheads, les hippy-haters originaux. 

Et l'hybridité noir-blanc et les groupes métissés s'intégraient parfaitement aux politiques progressistes du Rock Against Racism de l'époque.

A noter qu'en 1979, plusieurs autres micro-revivals virent le jour, fondés sur des musiques très dynamiques, sur lesquelles on pouvait danser et avoir du style, comme le rockabilly et la soul 60's.

Voir également la note sur le réalisme social dans la new wave


Sources / pour aller plus loin :

Simon Reynolds, Rip It Up & Start Again (2005)

The Story of Skinheads (Don Letts, 2016) :


2 Tone: The Sound of Coventry (Nicola Silk, 2022) :

01/09/2026

Postpunk in Dub

Voici deux mix proposés par NTS Radio explorant la période fructueuse de contamination croisée entre le monde du dub et le post-punk.

Rappelons qu'il s'agit de la composante du postpunk toujours éclipsée par les rétrospectives gothiques et les playlists de doomers.

Au cours de la demi-décennie 1977-1981, le reggae rivalisait avec le funk pour devenir le support musical des groupes postpunk.

Les riddims produits organiquement participèrent à la construction de paysage mentaux kinesthésiques. La rencontre de styles qui étaient voués à demeurer distincts eut une charge libératrice et subversive, et provoqua l'émergence de nouveaux genres hybrides.

Voir la note sur le punky reggae

Plusieurs des groupes les plus expérimentaux réagirent au reggae comme une révolution purement sonore : un psychédélisme africanisé, un changement de forme et de perception, le modèle pour un postpunk soniquement radical.

Toute la musique que j'aime. Elle vient de là, elle vient du... dub ?


Ancêtre de la remixologie moderne, le dub possédait paradoxalement une double approche à la fois pré-et post-moderne : un gospel roots et un psychédélisme high-tech.

En s'éloignant de ses racines jamaïcaines, il est devenu une pratique post-géographique de déconstruction formelle et bidouillage de studio qui infuse toutes les avant-gardes : hip-hop, house, jungle, postrock, dubstep.

 
Sources/ pour aller plus loin :

Simon Reynolds, Roots 'n Future (2000) remixé pour Bring The Noise (2008)
Christopher Partridge, Dub in Babylon (2019)