22/06/2026

New Wave of New Wave

Une vaguelette qui n'a jamais traversé la Manche.

 

Au début 1994, en réaction au grunge, au shoegaze et au baggy, un trio de journalistes du NME - Paul Moody, John Harris et Simon Williams - essayèrent de promouvoir une poignée de groupes britanniques punky comme la « new wave of new wave ».


 

Malgré la tentative de créer un phénomène médiatique, cette micro-tendance témoigna d'un moment crucial dans la réorientation de la pop britanique vers un songwritting plus classique et des concerts plus électrisant que tripant ou performatif.





Parfois avec une reproduction trop littérale du punk, la new wave of new wave ne proposa finalement un n-ème retour des mods, en ignorant tout ce qui s'est passé musicalement depuis 1978 : noir ou blanc, rap ou rave.

Alors que le punk et la new wave eurent une conscience, sinon une alliance avec les subcultures noires britanniques, partageant des musiques de rage pré-politique et paranoïa urbain. 

Voir la note sur le punky reggae.

Le psychédélisme fournit également à ces groupes un ennemi clé-en-main, l'équivalent subculturel des hippies. Mais cela était plus que superficiel pour créer les prémices d'une nouvelle dialectique old vs new wave.

Terminons avec une réflexion de Simon Reynolds dans Technophobia! The New Wave of New Wave versus D-Generation (1994) :

Les Sex Pistols eurent une relation à la fois avec la pop des charts de leur époque et son rock underground. Tout groupe qui espère avoir le même impact aujourd’hui devrait prendre en compte les innovations de la musique basée sur des samplers, du rap et de la rave à l’ambient et l’avant-rock. Les Pistols 90's seraient quelque chose comme un croisement entre The Prodigy, The Young Gods et Public Enemy, respectivement le Sweet de cette époque, les Stooges de cette époque et le Clash noir.

Donc le groupe de Mark Fisher :

Voir aussi la note sur le postrock.


Sources / pour aller plus loin

Simon Reynolds, Jon Savage interviewed about the New Wave of New Wave (1994)
Jeremy Allen, 
Romo, skunk rock, shroomadelica ... the music genres that never made it (2014)
James Cook, 
Cult heroes: S*M*A*S*H and These Animal Men should have changed people's lives (2015)


11/06/2026

Postpunk revival (1/2)

Évoquons enfin l'éléphant dans la pièce : les revivals.

Au début des années 2000, il y eut un important revivalisme rock, considéré par beaucoup comme le retour d'un certain alternatif, face aux tendances post-grunge et post-britpop. Dans le lot, une meute de nouveaux groupes d'influences post-punks occupèrent le devant de la scène.

En particulier, à partir de la souche la plus angulaire du postpunk, avec des groupes comme Wire et Gang of Four.

La fascination qu'exerçaient alors les 80's sur ces jeunes musiciens répondait à une ère d'indie pop et d'alt rock sans ambition, trahissant ce que les épithètes « indépendant » et « alternative » purent avoir représenté. L'après-punk apparaissait alors comme un âge d'or perdu d'innovation et de prétention artistique, un ensemble de possibilités sonores, à explorer et approfondir.

Beaucoup de ces artistes furent excellents, réagissant à un climat d'urgence, fougueux et motivés.

Mais comme le rappelle Simon Reynoldsil y une contradiction intrinsèque à se référer au postpunk, qui était farouchement opposé à la nostalgie et attaché à l’éthos moderniste.

Tous revivalistes, avec leurs dettes discernables, ne peuvent qu'échouer à ses montrer à la hauteur de ce que le postpunk représentait historiquement. Et ce malgré la radicalité encore pérenne de certaines formules.

Ces groupes neo-post-punk, encore imprégnés de la mentalité ironique et désengagée des 90's, évitèrent de faire de la politique avec la pop, pour rester cools. N'allant pas plus loin qu'un militantisme creux, malgré une actualité mondiale intense.


La « new rock revolution » des 00's revitalisa la scène musicale britannique. Soutenue par l'enthousiasme de la presse musicale - NME en tête - une effervescence créative croissante balaya le format indie, au point qu'à la fin de la décennie, le terme était devenu quasiment vide de sens.

En 2007, Andrew Harrison du magazine The Word, trouva une formule « landfill indie », capturant ce sentiment de surproduction de groupes qui paraissaient interchangeables.


Le trait commun de cette décharge était le recyclage des grands mouvements de la pop outre-Manche : mod, ska, glam, punk, new wave, postpunk, britpop, etc. Evoquant pêle-mêle XTC, Madness, The Cure, The Jam, The Clash ou Orange Juice.

Mais la musique n’était juste plus innovante et trop rarement artistiquement aventureuse. Sans pour autant être qualifié de rétro, rien chez eux n'aurait été incompréhensible en 1985.

A noter qu'en parallèle, les noughties donnèrent naissance au grime : l'un des développements musicaux britanniques les plus importants depuis des décennies. Issu du continuum hardcore, cet adelphe verbeux et articulé du dubstep était ancré dans le réel, agressif et maniaque et vraiment innovant.

Voir aussi sur le blog, ces autres notes sur le postpunk :


Sources / pour aller plus loin :

Simon Reynolds, Rip it up and start again (2005)
Simon Reynolds, Postpunk then and now (2009)
Simon Reynolds,
Clearing up the indie landfill (2010)
Simon Reynolds, Grime and dubstep: a noise you could believe in (2010)
J. Akinfenwa, T. Joshi & E. Garland, 
The Top 50 Greatest Landfill Indie Songs of All Time (VICE, 2020)
Mark Beaumont, 
The term 'landfill indie' is pure snobbery (NME, 2020)
Alexandre Gimenez-Fauvety, 
Landfill Indie : retour sur l’indie-rock des années 2000 (2020)
Omar Soliman, A Response To 'Landfill Indie' (2024)

26/05/2026

Campagnes françaises

Après avoir évoqué les chansons liés à l'actualité politique et l'agit prop dans l'après-punk, faisons un petit écart avec les hymnes français de campagne.
 

Commençons par une saveur très ORTF pour Jacques Chirac lors des municipales de 1977.

 

Voici l'hymne du PS, à l'époque encore social-démocrate, pour le congrès de Nantes en 1977, avec chœurs soviétisants.

En 1980, le PCF s'appropria une chanson de lutte, tous tambours battant, sortie un bon septennat plus tôt par des camarades canadiens.

Une compétition musicale digne des plus grandes années de l'Eurovision éclata lors de l'élection présidentielle de 1981 avec :

  • du glam rock, anachronique, pour Valéry Giscard d'Estaing

 

  • du disco, gonflé avec cuivres et cordes, pour Jacques Chirac.
  • du space-disco, évoquant les génériques des séries animées intergalactiques, pour François Mitterrand.

 

Remercions les agences de propagande / communication / publicité pour ces glorieuses pépites pour Bide & Musique.