20/07/2024

Créolisation

Parlons d'appropriation culturelle positive et de transculturation musicale.

Malgré une naissance bicolore, le rock'n'roll puis la beat music constituent une récupération des plans et de sonorités issues de musiques noires par des blancs jouant initialement plutôt de la country ou du skiffle. Mais ce fut leur façon non canonique voire ratée d'appréhender le blues, le gospel, le boogie-woogie, le R&B ou même le jazz qui engendra des nouveaux sons.

Plaçons-nous d'un point de vue moderniste. Donc exit la diversité des styles vu comme une boite à outils pour construire des sous-genres par accumulation de codes musicaux. Ici la découverte en dehors du cadre permet de revenir radicalement sur les académismes. Comme le post-impressionnisme s'inspirant des estampes japonaises ou encore l’expressionnisme et le cubisme des masques africains.

Ainsi nous pûmes observer l'influence des musiques d'outre-mer aux États-Unis avec, par exemple, du cubain dans le jazz et de l'hawaïen dans le blues. L'archipel pacifique se retrouva aussi rapidement dans la country.

Dans l'ex-Empire Britannique, de nombreux musiciens étaient fascinés par les musiques jouées par les diasporas des anciennes colonies, et ainsi, découvrirent de nouvelles possibilités.

Nous arrivons à une question : pourquoi en France, nous n'avons jamais eu une réelle créolisation des musiques alternatives par des apports du Maghreb, de l'Afrique Subsaharienne, des Antilles ou de l'Extrême-Orient ?

Les enfants de l'immigration ont participé activement à injecter leurs cultures historiques dans des formats populaires. Comme dans ce rock métissé de l'après-punk :

 

L'influence de la new wave multiculturelle de The Clash est immense sur les groupes des années 80, dont le « rock arabe » et le « rock latin » décrits par Paul Moreira dans Rock métis en France (1987). Mais leur musique fut envisagée d'un point de vue culturaliste et les productions trop souvent classées dans « musique folklorique » puis « musique de monde ».


Pourquoi la bohème locale blanche, venant d’environnements urbains cosmopolites, n'a jamais fait des emprunts à l'instar de leurs homologues outre-Manche ?

Dans Rock français 1977-83: chronique d'un rendez-vous manqué (2010), Laurent Jaoui pointe que la France est un pays de littérature, plus encore que de musique. Dans ce contexte, il est difficile d'imaginer une expression musicale française passant, paradoxalement, par autre chose que le texte. (...) La dite « chanson française » ne serait pas le prolongement d'une culture musicale mais la déclinaison d'un tradition littéraire. Alors que dans le rock, la forme musicale prévaut quitte à en éclipser le texte.

En considérant le rock français comme une reproduction de tendances anglo-saxonnes, il doit satisfaire certaines canons esthétiques du moins par filiation. Est-ce alors une déférence qui interdirait des croisements stylistiques illégitimes ?

En considérant le rock français comme de la chanson française alternative, il doit reposer pour l'essentiel sur un texte mis en musique. Est-ce alors cette subordination au chant qui bloquerait les hybridations au cœur même de l'instrumental ?

A noter qu'il existe des formations « zouk punk » très récentes qui se placeraient en contre-exemples, s'il ne s'agissait pas clairement d'ironie postmoderne de niche :

22/06/2024

Anxiété nucléaire

Petite note pour se préparer à la Troisième Guerre Mondiale.

Le tournant de la décennie 70-80 était marqué par toutes sortes de craintes et de tensions, mais la plus terrifiante restait la Guerre Froide et ses armes de destruction massive. Les musiciens puisant dans le zeitgeist, l'anxiété nucléaire rentra dans le Top 20.

Et d'innombrables post-punks chantèrent, obliquement ou directement, la fin du monde comme une perspective réelle et imminente.

Bien que les représentations populaires de la new pop et de l'electro suggèrent apolitisme et escapisme, ces tendances étaient loin de danser sur un volcan.

 

La nostalgie 80s dans ses tons néon élude ce climat apocalyptique qui traversait la décennie : la guerre nucléaire totale omniprésente dans la conscience collective et dans les productions culturelles.

40 ans plus tard, cela est de nouveau palpable, car les enjeux géopolitiques et climatiques menacent une fois encore l’existence même du monde.

Indiscutablement le revival de trop.

Sources / pour appronfondir :

29/03/2024

1984, piquet de grêve

L'année de la fin de l'after-punk ?

 

C'est cette année-là que choisit Simon Reynolds pour achever son histoire du postpunk et de la new pop (Rip It Up and Start Again, 2005) notamment pour une raison : jamais les tendances rétro de la culture indépendante n'avaient autant pris le pas sur les élans futuristes.

Dès l'année précédente, les pionniers de la new pop s'étaient fait supplanter par des opportunistes s’en appropriant les éléments superficiels tape-à-l'œil. Les frondeurs se firent rares, forgeant tout de même une dance-pop de haute facture, inspirés par les nouvelles productions de l'electro et du post-disco. Là où d'autres réduisirent la new pop à un mouvement réformiste en produisant une pop actualisée, édifiante et surtout, adulte.

 

La new pop avait sombré dans une décadence et clairement établi la nouvelle aristocratie pop. Comme si le punk n'avait jamais eu lieu, pour paraphraser Dave Rimmer en 1985