18/03/2026

Video Killed the Radio Star

Tube des Buggles, sorti le 7 septembre 1979.

I met your children
What did you tell them?

Une vision de l'avenir de la musique et de la culture populaires, accompagnée d'une réaction à la fois nostalgique et apathique. Le tout enveloppé dans le son clinquant des derniers développements en matière de technologies de studio.

In my mind and in my car
We can't rewind, we've gone too far
Pictures came and broke your heart
Put the blame on VTR

Trevor Horn raconta au Guardian en 2018 :

"I'd read J.G. Ballard and had this vision of the future where record companies would have computers in the basements and manufacture artists. I'd heard Kraftwerk's The Man-Machine and video was coming. You could feel thing changing."

Captant le zeitgeist de la révolution électronique, le duo se plaça parmi les véritables hérauts de la new pop à venir : hyper-production, accroches folles et un récit métapop typiquement britannique, qui va de 10cc à Gorillaz.

Une minute après minuit le 1er août 1981, la chaîne de télévision câblée MTV commença sa première diffusion avec le clip du morceau : à la fois une déclaration d'intention et une prémonition des changements à venir dans le langage audiovisuel lié à la musique pop. Une vidéo radiocidaire réalisée par le bientôt célèbre Russell Mulcahy et montrant un tout jeune Hans Zimmer aux claviers.
 
A noter qu'une autre version du morceau sortit en juin 1979, quelques mois avant celle des Buggles. Par un de ses co-compositeurs, Bruce Woolley et dont le Camera Club incluait un autre technophile, Thomas Dolby.

En 1980, Paul Morley avait démasqué les requins de studio prog qui se cachaient derrière les Buggles : des dirty old men with modern mannerisms (sic). Relativement has been à l'époque post-punk, le groupe ne put dépasser un statut de one-hit-wonder. Geoff Downes et Trevor Horn intégrèrent alors Yes le temps d'un disque et d'une tournée.

En 1982, Horn se réinventa en producteur génial, participant à l'explosion de la new pop.

Le thème de Video Killed the Radio Star est très librement inspiré par la nouvelle The Sound-Sweep (1960) de J.G. Ballardprobablement la meilleure histoire de science-fiction sur la musique pour Simon Reynolds. L'action se passe dans un futur proche, dans une ville polluée des résidus sonores, s'amassant sous forme de vibrations toxiques pour la santé et l’environnement. Leur matérialisation rend la vie des habitants assourdissante et nécessite l'intervention de « débruiteurs » équipés de machines permettant de nettoyer les espaces.

"Noise, noise, noise - the greatest single disease-vector of civilization"

Source / pour aller plus loin :

Warren Huart,  Songs That Changed Music: Video Killed The Radio Star (2022)

13/03/2026

Radio Radio

Single métapop d'Elvis Costello & the Attractions, sorti le 17 mars 1978.

 Radio is a sound salvation
Radio is cleaning up the nation
They say you better listen to the voice of reason
But they don't give you any choice
'Cause they think that it's treason
So you had better do as you are told
You better listen to the radio
 
Une attaque sarcastique contre les pouvoirs radiophoniques en place, ciblant particulièrement la BBC et leur refus de jouer du punk.
 
They don't wanna hear about it
It's only inches on the reel-to-reel
And the radio is in the hands of such a lot of fools
Tryin' to anaesthetize the way that you feel

Dans le Los Angeles Times du 30 mai 1978 :

"I want to reach everyone and you can't do that without the radio. That's why I wrote ‘Radio, Radio.' I mean every word of that song. It's an attack. I want to break down the formats and the formulas so that you don't have to just listen to disco or MOR (middle of the road) or that heavy metal rubbish."

Initialement, il s'agissait d'un morceau pub rock, écrit avec son précédent groupe Flip City, américanophile et  inspiré par Bruce Springsteeen :

"He sort of made it feel like a big dream in America where a radio was playing and it was always the perfect song. And even though there's sadness in the song, I wanted to believe that somewhere it was like that and it wasn't like it was in the suburbs, where you couldn't hear any music you liked half the time. So that was a wishful song."

En 1977, Elvis Costello revint sur ce passé, rejetant toutes ses influences non approuvées par le punk, et  Radio Soul devint Radio Radio. Produit du déplacement idéologique de la new wave, la radio initialement une source d'évasion devint ici oppressive.

I wanna bite the hand that feeds me
I wanna bite that hand so badly
I want to make them wish they'd never seen me

La plus mémorable performance du morceau fut celle au Saturday Night Live le 17 décembre 1977. Remplaçant à la dernière minute les Sex Pistols, privés de télé pour un problème de visa, les Attractions furent conviés pour promouvoir tardivement le précédent album de Costello.

"I just wanted them to remember us. I didn't really have anything against the show. I was more pissed off at being told what to play by the record company than I was NBC, truthfully. I can't remember whether I said what I was going to do, but I think I just said, ‘Watch me.'"

Et au second morceau après quelques mesures :

 

"We came off the stage, and they were very definitely pissed off at us. We just went back to the dressing room and laughed ourselves stupid, drank the rest of the vodka and left, pursued by people making dire threats."

Le jeune homme en colère ne réapparaîtra à la télévision américaine qu'en 1980, et au SNL qu'en 1989.

Avouée plus tard, l'inspiration est vient de Jimi Hendrix, qui lors de son passage en 1969 dans The Lulu Show sur la BBC, interrompit son tube Hey Joe pour rendre hommage à Cream.

Le sabotage de 1977 fut intégré à la liste des moments cultes de l'histoire de l'émission, perdant  évidement son caractère subversif.

Sources / pour aller plus loin :

Chad Van Wagner, Radio Radio: Elvis Costello vs. Everything (2022)
Simon Reynolds, The Spirit of Radio: Songs About Songs (2022)

03/02/2026

Agit Prop

Parlons de la composante agit prop du postpunk.

Simon Reynolds a longuement écrit pour présenter le postpunk comme une contre-culture qui, quoique fragmentée, fut animée par la conviction commune que la musique pouvait et devait changer le monde.

Le punk avait permis de transformer des idées confrontationnelles en une prose pop.

Mais cette vague était, dans un certain sens, naïvement romantique. Pour nombreux musiciens postpunks, la politique, en tant que catégorie élargie, couvrait toute la surface de la réalité, de l’amour aux loisirs en passant par le langage lui-même. Une vision totale avec des micro-politiques personnelles enchevêtrées dans l’oppression et la fausse conscience.

Le conceptualisme et la démystification étaient devenus populaires et représentaient donc la dernière mesure de l’authenticité.

 

Internationale situationniste, anarchisme, marxisme, ...

Dans ce moment de modernisme populaire, le postpunk mis en musique l'idée gramscienne de changement culturel précédant le changement politique.

 


Il y avait des tensions au sein du postpunk. Comme la contre-culture à partir de laquelle il s’est développé, le courant dans son ensemble n’a pas toujours été un phénomène gauchiste, loin de là.

Dialectiquement, le postpunk a fini par engendrer sa propre némésis sous la forme d’un romantisme et d’un mysticisme renouvelés, un désir pour une sorte d’extérieur qui transcenderait le politique/social. Evitant le politique en faveur des émotions intérieures et des dilemmes existentiels (la société n’est pas à blâmer, c’est la condition humaine). 

Voir le Dark Matter Lab sur l'apolitisme du goth.

"Escapism is not freedom" scandait pourtant à raison Mark Stewart.


Sources / pour aller plus loin

Zones Subversives, Le Post-punk, entre Contestation et Mainstream (2014)
David Wilkinson, Post-Punk, Politics and Pleasure in Britain (2016)
Sezgin Boynik, Agit Punk Form (2025)