08/08/2026

Postpunk X Prog Rock

Traitons de la dialectique entre le prog et le postpunk.

Le pompeux et l'obsession du prog rock pour la technique étaient l'antithèse du punk. Mais un surprenant nombre de musiciens postpunk avaient des squelettes prog dans le placard : Van Der Graaf Generator pour John Lydon, Yes pour Keith Levene, Frank Zappa pour David Thomas et Mark Perry, Soft Machine pour This Heat et Scritti Politti, ...

Et Robert Fripp devenu une référence bowiesque incontournable.

Les musiciens redécouvrirent sélectivement la richesse de la old wave avec ce que le prog avait de plus subtil et surtout avec kraut rock.

Voir la note sur les racines du postpunk.

Comme le souligne Simon Reynolds dans Rip It Up & Start Again (2005) : d'une certaine manière, le postpunk était bien du rock progressif, mais revigoré, dépourvu de virtuosité ostentatoire, réduit à l'essentiel et servi par des interprètes moins chevelus.

X

La fausse spécificité de classe et les distinctions sociales de la musique rock des années 1970 – avec d'un côté le prog comme quête cérébrale de la classe moyenne et de l'autre le punk comme révolte viscérale de la classe ouvrière – furent contestées et reconfigurées.

Mais le postpunk apparut peut-être trop « new wave » pour les fans de l'aritocratie art-rock pré-punk. Pourtant la frontière fut très mince chez les groupes d'avant-rock post-prog, partageant une contre-culturalité, une sensibilité artistique, un malaise avec la musique comme industrie et un sentiment du potentiel de la musique comme force culturelle utopique.



Le postpunk plaça les musiciens et le public dans un espace sonore performatif et stimulant relativement nouveau, partagé par tout l'art-rock.


Sources / pour aller plus loin

Simon Reynolds, Totally Wired (2009), Flash of the Axe (2019)

01/08/2026

Old vs New

Retour sur une marotte du blog : le schisme entre old wave et new wave.


Illustré avec deux guitaristes interprétant leur morceau signature sur scène en 1985 :

  • Mark Knopfler (Dire Straits), oldwaver anglais, arrivé tardivement, avec une technicité tout en fingerpicking, malgré les restrictions et édits de la new wave. Une anomalie ignorant les termes de l’idéologie pop : ni angry young man geignard, ni soft rockeur insipide.
  • Tom Verlaine (Television), newwaver new-yorkais, avec une virtuosité incongrue pour le punk et aimant les solos épiques. Jamais engagé à montrer ses compétences, mais plutôt à jouer ce qui semble intentionnel et essentiel.

 

Heureusement, ces deux musiciens sont bien éloignés des tricoteurs 70's et la frénésie onaniste des non-sens scalaires sans fin.

Ou des anti-solo dada volontairement sans début.


A lire :

Nick Kent, Marquee Moon (NME, 1977)
Greil Marcus, Dire Straits (Village Voice, 1979)

15/07/2026

Metalliquement funky

Il y a eu des échanges entre hip-hop et new wave ou encore la fraction funky et dansante du postpunk, mais qu'en est-il des métissages survenus chez d'autres tendances du rock des années 80 ?

A la fin des années 80, dans les centres urbains et cosmopolites Los Angeles et New York, de nouveaux groupes à grosses guitares combinèrent punk, funk, rap et metal dans un bouillon chaotique.

Qu'il fusse sur MTV ou alternatif, la metal semblait avoir une atteint une impasse et un retour de la syncope, une réinjection de blackness, devint presque inévitable. Le succès du tout jeune hip-hop fixait dorénavant l'ordre du jour de la pop américaine ; la phase rap/metal de Def Jam (Run DMC, Beastie Boys, LL Cool J) avait ouvert beaucoup d'oreilles de headbangers.

Voici quelques unes de ces formations hybrides, colorées et fantasques, marquées à la fois par l'agressivité du thrash metal, l'énergie du hip-hop et le groove du funk 70's.

Contrairement au punk-funk, le less-is-more et le refus de la virtuosité se firent rares. Avec un prétexte à des exploits exhibitionnistes de dextérité via le slap à la basse : une pratique claptonesque disparue depuis l'époque de l'electrofunk.

Un mélange des genres finalement « old wave », monolihique, rockiste et débordant de testostérone. Un funk trop entravé dans les dynamiques hardcore, échouant à approcher la libération d'un trip funkadélique.

Mais, tout de même, conscient de son époque et parfois très engagé :

A noter qu'en France, il fut plutôt question de « fusion » pour désigner de ces « rap metal » et « funk metal ».

Dans la Californie post-Nirvana, des weirdos de banlieues complétèrent l'emballage avec des goûts pop assumés et des besoins cathartiques. Et le nu-metal prit d'assaut les stades de cette fin de millénaire.

 
Peut-être le sous-genre le plus détesté par les mélomanes anglophiles.

Sources/ pour aller plus loin :