30/10/2026

Postpunk revival, 2

Et maintenant le dernier revival.

Avec le recul, la décennie 2010 pourrait bien avoir été pour l'indie, une de ses pires période de stagnation, à l'instar de la bad music era de 1983-86. Il y eut même un revival darkwave qui occupa les nostalgiques des sonorités de l'après-punk, surtout gothiques.

À la fin des années 2010 et début 2020, émergea une nouvelle vague « post-punk » principalement en provenance du UK et d'Irlande, reçue avec enthousiasme comme le plus grand changement et dans la musique de guitare britannique inventive et glorieusement bruyante du millénaire.

Les groupes de cette scène ont été décrits avec le terme « crank wave » par NME et The Quietus en 2019, « post-Brexit new wave » par Matthew Perpetua de NPR en 2021 ou encore « Windmill indie » d’après la célèbre salle londonienne.

Alors que le revival des années 2000 canalisaient fréquemment l’intensité vocal (Joy Division) et les guitares angulaires (Gang of Four, Wire), ce second revival paye un lourd tribu à The Fall : voix obstinées, lignes de basse fuzzy et rythmes enflammés, attitude prolo et poésie éclairée de contoir. 

Et la diversité des influences postpunk auxquelles font appel ces nouveaux groupes s'est enrichie par rapport aux sonorités plus restreintes et nerveuses deux décennies avant. S'éloignant davantage de la britpop - qui avait conduit au landfill indie - pour adopter une corpulence dub, un groove kraut, des rythmiques plus étranges, offrant plus de décalage et de déroutes.

Le sacrifice de la puissance et du populisme punk / new wave au profit d'une approche plus arty et expérimentale, et des référence à d’autres phases historiques de réinvention de la guitare comme le lo-fi et le bliss-rock.



Ce second revival apparue alors comme une réponse directe aux dynamiques sociales et à la crise d’identité culturelle, où les esthétiques post-punks 1978-81 résonnèrent à nouveau dans l'ère contemporaine.

Les idées politiques et les thèmes engagés y sont alors bien présents mais avec un déni sous-jacent assez constent, que ce soit par l'abstraction des paroles, ou par le ton sarcastique ou ironique. Et ce, du drame émotionnel réprimé à la caricature brutale.

Il s'agit également d'un affect parlant du vide du présent – cf. le sentiment de la vie dans la boring dystopia de Mark Fisher.

Pour évoquer formellement ces groupes, il fut récurremment question de « sprechgesang ».

Les racines de ce style de récitation à mi-chemin entre la déclamation parlée et le chant dans le contexte d'un rock punky remonte aux précurseurs mancuniens Mark E. Smith et John Cooper Clarke. Mais également à la lignée intermittente de poésie rock à l’interface entre comédie et punk de la new wave ;  avec les chansons/sketchs d’Ian Dury, le bavardage rapide de Chris Difford (Squeeze) ou encore le phrasé hésitant de Suggs (Madness).

Mais c'est évidemment Jason Williamson de Sleaford Mods qui fut indéniablement le précurseur immédiat du revival, avec son flow colérique, acide et sans compromis..

Rappelons que le terme « postpunk » a toujours couvert librement une grande variété de styles – cf. la formule de Simon Reynolds d'espace de possibilités, plutôt que de genre à proprement parlé.

Mais là où les démystifications et déconstructions postpunk originel étaient historiquement rationnelles, utiliser les mêmes formules et outils, presque un demi-siècle, donne l'impression d'un rock traditionnel. Un style sédentaire, aussi figé dans ses restrictions que le blues, avec textures familières et un public nostalgique déjà acquis.

Face à la pop froyo, ses mélodies auto-tunées et ses élévations émotionnelles artificiellement intensifiées, il fut logique de trouver un rafraîchissement dans des tons blasés, et des paroles banales ou satiriques. Mais ce postpunk 3.0 a finalement atteint un pic de saturation, créant une sorte de landfill postpunk.

Avec ses formations retardataires accusées de profiter de la formule gagnante de gesticulations sur un accompagnement énervé.

Sources / pour aller plus loin :

Mark Beaumont, Mark, My Words: I give you crank wave, the start of the subculture revival (2019)
John Robb, The UK is in the middle of best and biggest breakout of wonk bands for décades (2019)
Bill Pearis, The Fall wrote the blueprint for the current post-punk revival (2020)
Matthew Perpetua, The Post-Brexit New Wave (2021)
Simon Reynolds  Speak-Sing Me a Song (2022)
Jacob Broughton-Glerup, Post-Punk: Why it needs to die, and what’s next (2024)
Frank Furtano, Something weird is happening in post-punk (2024)
Mark Grondin, Dry Cleaning, 'Secret Love', and the Cowardice of 'Landfill Post-Punk' (2026)
The Pop Corporation, Are we leaving the landfill post punk era (2026)

+
Simon Reynolds, more thoughts on the Bad Music Era 1983-84-85-86 (2010), 'Streaming has killed the mainstream': the decade that broke popular culture (2019)

08/10/2026

Punkement folk

Note sur certaines tendances folk de l'après-punk.

Dès le début des années 80, l'alternatif réintégra d'authentiques éléments de la mythologie rock old wave et pré-punk. En réaction au postpunk et à la new pop, ce qui semblait alors le plus productif était la relecture de cet héritage.

L'indie pop adopta une posture tournée vers l'euphorie et la désinvolture des années 60 et proposa avec sa forme « jangle pop » une version post-punk du folk-rock.


Pendant la bad music era de 1983 à 1986, le paysage musical semblait disparate et sans direction, les modes s'enchainaient comme autant de tentatives de perpétuer l’esprit de changement constant du postpunk, mais en s'en éloignant fondamentalement par des revivals.

Des renouveaux folk, skiffle, bluegrass et consorts, émergèrent des punks se réappropriant les folklores locaux : folk-punk, celtic-punk, cow-punk, etc

Les chansonniers du folk revival sixties furent considérés comme hors de propos dans le contexte du punk et de la new wave. Leur présence dominante dans la old wave avait entretenu une conception de validé et de maturité dans le rock : la musique roots américaine fusionnée avec des paroles poético-littéraires, la chanson-qui-raconte-une-histoire, etc.

A part quelques très rares exceptions.

Quelques acteurs de l'après-postpunk firent réapparaître la figure du chanteur protestataire infusé de country'n'folk, en solo ou en groupe.



Voir également les notes sur le postpunk, ses influences folk et sa composante agit prop.

Mise à jour 16/10/2026

12/09/2026

Punkement ska

Après le punky reggae et le dubby postpunk, voici le revival ska.

L'avant-garde arty postpunk répondait au reggae contemporain et travaillait à partir de la production spatiale et de la menace apocalyptique lourde en basses du dub, mais laissant un vide quant à un son uptempo et punky reggae entraînant. 

Le mouvement 2-Tone arriva au bon moment, en se retournant vers une phase antérieure de la pop jamaïcaine : le ska 60's et le rocksteady. Une musique définie par sa brièveté, orientée autour du 45 tours 7" mono plutôt que par les extended 12" hi-fi ; la pop plutôt que le prog. Et leur rythme rapide et attaques de guitare saccadées étaient très compatibles avec l'angularité new wave. 

Voici le célèbre témoignage Dance Craze (Joe Massot, 1981) et ses moultes captations live :

Pendant deux ans, 2-Tone fut le son de la britpop.



Le reggae était au punk ce que le blues fut à la contre-culture : la forme noire que les rockers blancs ont modulée et mutée, les position existentielle et sensibilité noires sur lesquelles la bohême s'est modelée. Le postpunk s'était emparé du dub comme source anti-rockiste, pour un nouveau vocabulaire. Alors que les populistes avaient maintenu l'éthos anti-hippie du punk en s'attachant plutôt au ska cher aux skinheads, les hippy-haters originaux. 

Et l'hybridité noir-blanc et les groupes métissés s'intégraient parfaitement aux politiques progressistes du Rock Against Racism de l'époque.

A noter qu'en 1979, plusieurs autres micro-revivals virent le jour, fondés sur des musiques très dynamiques, sur lesquelles on pouvait danser et avoir du style, comme le rockabilly et la soul 60's.

Voir également la note sur le réalisme social dans la new wave


Sources / pour aller plus loin :

Simon Reynolds, Rip It Up & Start Again (2005)

The Story of Skinheads (Don Letts, 2016) :


2 Tone: The Sound of Coventry (Nicola Silk, 2022) :