Poursuite de la note sur les redéfinitions de « new wave ».
Un nouvel ouvrage est sorti sur ce genre musical qui embrasse tellement de notions disparates : Dictionnaire passionné de la new wave (2022) par Pedro Penas Y Robles.
De son propre aveu, l'auteur a tendance à réduire ce courant musical, non pas à l'étiquette fourre-tout de la fin des années 70 ni à son penchant commercial, emphatique et autosuffisant, mais à une scène musicale spécifique dans laquelle le synthétiseur reste l'instrument principal (et non plus la guitare comme dans le rock) qui donne la texture, le timbre, la tonalité et la couleur musicale, d'une composition qui confine au classicisme.
Et cette new wave, dont on a surtout retenu sa partie la plus électronique et la plus robotique, l'électro pop, ne partage pas le même public que les tubes français variétoches ripolinées avec une légère saveur "new wave" (...) aussi grand public que musicalement inoffensifs.
Les amateurs d'un genre musical cherchent à la fois à rendre leurs pratiques culturelles légitimes, mais également à conserver leur statut d’outsiders (Sophie Turbé, Mesurer les degrés d’engagement dans les mondes musicaux, 2017). Soit ici, pour notre passionné d'électropop, une position contre les rockeurs beaufs à jabots de la rédaction de Rock & Folk (sic) et contre les blaireaux ivres chaque samedi soir dans les papagayo de province (sic).
Evidemment, il n'est toujours pas question de new wave dans le sens employé sur ce blog et dans la bibliographie britannique. Le terme étant ici lié à une certaine vision des eighties, méprisée et décriée par l'intelligentsia rock, mais respectés par des ultra-fans érudits.
Or par définition, ces dit fans remettent difficilement en cause leurs habitudes de nomenclatures et encore moins ce qui a été placé affectivement sur un piédestal. Leurs publications sur un sujet donné sont lourdement biaisées par un manque de recul et de sources externes, et tombent fatalement dans un subjectivisme qui ne peut être que passionné, prêchant pour leur paroisse. Cf. la quasi-totalité du catalogue de chez Camion Blanc.
L'impatience se porte plutôt vers la future étude de Simon Reynolds, espérant enfin avoir des généralisations théoriques et des mises en perspectives dans l'histoire de la pop.
Il y a quatre décennies, la new pop montait à son zénith.
Avant que les années suivantes voient la new pop devenir totalement hégémonique, jusqu'à saturation, son entrisme subversif dans le mainstream était la révolution pop la plus radicale depuis celle des années 60.
Le poptimisme alors dominant reléguait les postures rock mais aussi alternatives à l'idée d'échec, à l'incapacité à regarder vers l'avant et de toucher un large public.
Et la nébuleuse synthpop fut évidemment de la party :
Cette note revient sur la cold wave dans son sens de 1977, au regard de la compilation Close To The Noise Floor: Formative UK Electronica 1975-1984, sortie en avril dernier chez Cherry Red.
L’incursion pré-punk des synthétiseurs dans le paysage sonore britannique revient au BBC Radiophonic Workshop pour Doctor Who, à Walter Carlos pour Clockwork Orange, puis aux imports germaniques de Tangerine Dream et Kraftwerk.
A l'inverse de la guitare, la phase primitiviste du synthétiseur vint après ses débuts sophistiqués. En effet, la démocratisation de l'électronique coïncida avec le retour conscient du rock à ses basiques juvéniles sous la forme du punk. Subitement, le synthé se retrouva alors en compétition avec la guitare pour être le vrai instrument du do-it-yourself.
La scène britannique fut catalysée par une demi douzaine de locaux indépendants les uns des autres qui sortirent leurs premiers singles en quelque mois au milieu de 1978.
Leur impact combiné fut tout autant galvanisant que celui du Spiral Scratch des Buzzcocks pour les groupes DIY à guitare l'année précédente.
Passionnément désordonnés, ces débuts de l'electronica britannique furent plus que diversifiés : electro-punk, industrial, synthpop, dark ambient, ...
La plupart des ces productions fut cadrée par deux prohibitions postpunk : l'objectif de sonner le moins rock'n'roll et américain que possible ; et la rupture avec les conventions de la musique synthétique établies dans la première moitié des 70's.
Mais bien que l'ambiance d'aliénation urbaine eut bien plus en commun avec le punk et la new wave, qu'avec la ramification clinquante que sera ensuite le new romanticism, cette vague froide passa pour beaucoup comme une tendance branchée et trop arty.
cf My Perfect Cousin de The Undertones :
« His mother bought him a synthesiser, got The Human League in to advise her, now he’s making lots of noise, playing along with the art-school boys… »