26/03/2022

Thésaurus pas très nouveau

Poursuite de la note sur les redéfinitions de « new wave ».


Un nouvel ouvrage est sorti sur ce genre musical qui embrasse tellement de notions disparates : Dictionnaire passionné de la new wave (2022) par Pedro Penas Y Robles.

De son propre aveu, l'auteur a tendance à réduire ce courant musical, non pas à l'étiquette fourre-tout de la fin des années 70 ni à son penchant commercial, emphatique et autosuffisant, mais à une scène musicale spécifique dans laquelle le synthétiseur reste l'instrument principal (et non plus la guitare comme dans le rock) qui donne la texture, le timbre, la tonalité et la couleur musicale, d'une composition qui confine au classicisme.


Et cette new wave, dont on a surtout retenu sa partie la plus électronique et la plus robotique, l'électro pop, ne partage pas le même public que les tubes français variétoches ripolinées avec une légère saveur "new wave" (...) aussi grand public que musicalement inoffensifs.


Les amateurs d'un genre musical cherchent à la fois à rendre leurs pratiques culturelles légitimes, mais également à conserver leur statut d’outsiders (Sophie Turbé, Mesurer les degrés d’engagement dans les mondes musicaux, 2017). Soit ici, pour notre passionné d'électropop, une position contre les rockeurs beaufs à jabots de la rédaction de Rock & Folk (sic) et contre les blaireaux ivres chaque samedi soir dans les papagayo de province (sic).


Evidemment, il n'est toujours pas question de new wave dans le sens employé sur ce blog et dans la bibliographie britannique. Le terme étant ici lié à une certaine vision des eighties, méprisée et décriée par l'intelligentsia rock, mais respectés par des ultra-fans érudits.

Or par définition, ces dit fans remettent difficilement en cause leurs habitudes de nomenclatures et encore moins ce qui a été placé affectivement sur un piédestal. Leurs publications sur un sujet donné sont lourdement biaisées par un manque de recul et de sources externes, et tombent fatalement dans un subjectivisme qui ne peut être que passionné, prêchant pour leur paroisse. Cf. la quasi-totalité du catalogue de chez Camion Blanc.


Notons qu'en octobre prochain, Jean-Daniel Beauvallet sortira un livre nommé New wave : 1978-1983, une révolution.

L'impatience se porte plutôt vers la future étude de Simon Reynolds, espérant enfin avoir des généralisations théoriques et des mises en perspectives dans l'histoire de la pop.


Bonus:

Punk & The New Wave 1976-1978 (1986) par Tony Wilson, Factory Records 
New Wave playlist (2022) par Pedro Peñas Y Robles, Unknown Pleasures Records

Mise à jour le 16/04/2022

02/01/2022

1982, pop !

Il y a quatre décennies, la new pop montait à son zénith. 


Avant que les années suivantes voient la new pop devenir totalement hégémonique, jusqu'à saturation, son entrisme subversif dans le mainstream était la révolution pop la plus radicale depuis celle des années 60.

Le poptimisme alors dominant reléguait les postures rock mais aussi alternatives à l'idée d'échec, à l'incapacité à regarder vers l'avant et de toucher un large public.








Et la nébuleuse synthpop fut évidemment de la party :



01/07/2021

Femmes de l'après-punk

Depuis les débuts de la pop music enregistrée, le rôle des femmes a plus souvent été celui de petites amies, groupies des musiciens ou poupées de producteurs-mentors.

Dans la (contre-) culture rock classique, les femmes demeurent coincées entre une figure maternelle désexualisée et une figure libre et sauvage de libertine.

Bien sûr, il y eut de nombreuses féministes importantes, mais peu de chamboulements fondamentaux de l'idéologie masculine du rock qui atteint une acmé lors de la old wave. Il a fallu attendre la composante féminine du mouvement punk (et son questionnement culturel, politique et social) pour faire avancer plus franchement le sujet.

Ce fut une période faste pour les voix féminines idiosyncratiques, et la critique des bases culturelles du sexisme. Il se distingua dans le sillage du punk ce que l'on pourrait nommer un « féminisme new wave » qui permit à de nombreuses chanteuses et musiciennes de revendiquer leurs places dans la société pop.


Certaines plus radicales refusèrent le jeu de rôle homme/femme et se réunirent dans des groupes vraiment mixtes ou 100% féminins.

Dans The Sex Revolts: Gender, Rebellion and Rock'N'Roll (1996), Simon Reynolds et Joy Press présentent certaines stratégies par lesquels les artistes femmes ont lutté pour imaginer et créer une forme de rébellion qui leur soit propres. En appliquant cela à nos années 1976 à 1984, nous pouvons alors distinguer :

  • la célébration postmoderne de l'imagerie et iconographie féminines, avec une conscience de la facticité des représentations culturelles.


  • l'imitation de la rébellion masculine, avec l'incarnation de sa rudesse, son indépendance et son irrévérence.

  • L'invocation d'archétypes négatifs, comme l'hystérique et la sorcière, avec l'expulsion de l'oppression par une indocilité quasi naturalisée.


  • la démystification de la féminité conventionnelle, avec distanciation critique et une mise en scène de la tension des politiques personnelles.


  • la mascarade et l'androgynie, avec une définition du genre plus fluide pour provoquer et mettre en déroute le regard masculin.



A lire et écouter en complément :

Vivien Goldman, Revenge of the She-Punks (2019)

Punk77.co.uk, Women in UK Punk 1976-1979
Philippe Delvosalle, Post punk féminin (2007)
A Post Punk Tumblr, Girls got rhythm (2012)

Ceci est une refonte complète de la note du 14/04/2013