Petite note sur le parfum d’Asie dans l'après-punk.
Parmi les nombreuses incorporations culturelles de l'époque, il est difficile de passer à côté des références à de lointaines contrées orientales.
En quête de nouveauté et d'exotisme, les musiciens puisèrent dans le peu d'Orient ayant pénétré leur quotidien, par le cinéma des années 70, mais également par l'esthétique apporté par les restaurants et services de proximité ouverts par les migrants de première génération. Une Asie confuse où se mélangent les pays et les signifiants, typographies et costumes folkloriques.
Tandis que l'Occident avait plongé dans une ère de récession économique et de mutations sociales, l'Asie semblait être un nouveau modèle de progrès. Et plus particulièrement le Japon, alors perçu comme une combinaison unique de technologie de pointe, de spiritualité traditionnelle et rigueur disciplinaire.
La logique postmoderne des poseurs post-glam utilisait l’altérité orientale, pas simplement par goût excentrique, mais aussi pour célébrer une superficialité sans interprétation préalable. S'alliant ainsi à l’orientalisme en représentant l’Asie comme étant intrinsèquement mystérieuse et illisible pour le public occidental.
Dans quelques jours sort le nouvel album de The Cure. Profitons-en pour revenir sur une version du postpunk, populaire mais volontairement mis de côté sur le blog.
Voici les deux premiers épisodes de la série The Cure, naissance de l'après punk livrée par Michka Assayas pour son podcast Very Good Trip sur France Inter.
Bonne écoute de cette grisaille magnétique qui plus de 40 ans plus tard n'en finit pas de nous captiver (sic) :
1: The Cure et les autres : le premier cri de l'après-punk (1978-1980)
2: The Cure et la naissance d'un certain après-punk, de l'Europe au Brésil
Malgré une naissance bicolore, le rock'n'roll puis la beat music
constituent une récupération des plans et de sonorités issues de
musiques noires par des blancs jouant initialement plutôt de la country
ou du skiffle. Mais ce fut leur façon non canonique d'appréhender le blues, le gospel, le boogie-woogie, le r'n'b ou même
le jazz qui engendra des nouveaux sons.
Plaçons-nous d'un point de vue moderniste. Donc exit la diversité des
styles vu comme une boite à outils pour construire des sous-genres par
accumulation de codes musicaux. Ici la découverte en dehors du cadre
permet de revenir radicalement sur les académismes. Comme
le post-impressionnisme s'inspirant des estampes japonaises ou encore
l’expressionnisme et le cubisme des masques africains.
Ainsi nous pûmes observer l'influence des musiques d'outre-mer aux
États-Unis avec, par exemple, du cubain dans le jazz et de l'hawaïen
dans le blues. L'archipel pacifique se retrouva aussi rapidement dans la country.
Dans l'ex-Empire Britannique, de nombreux musiciens étaient fascinés par les musiques jouées par les diasporas des anciennes colonies, et ainsi, découvrirent de nouvelles possibilités.
Nous arrivons à une question : pourquoi en France, nous n'avons jamais eu une réelle créolisation des musiques alternatives par des apports du Maghreb, de l'Afrique Subsaharienne, des Antilles ou de l'Asie du Sud-Est ?
Les enfants de l'immigration ont participé activement à injecter leurs cultures historiques dans des formats populaires. Comme dans ce rock métissé de l'après-punk :
L'influence de la new wave multiculturelle de The Clash est immense sur
les groupes des années 80, dont le « rock arabe » et le « rock latin » décrits par Paul Moreira dans Rock métis en France (1987). Mais leur musique fut envisagée d'un point de vue culturaliste et les productions trop souvent classées dans « musique folklorique » puis « musique de monde ».
Pourquoi la bohème locale blanche, venant d’environnements urbains cosmopolites, n'a jamais fait des emprunts à l'instar de leurs homologues outre-Manche ?
Dans Rock français 1977-83: chronique d'un rendez-vous manqué (2010), Laurent Jaoui pointe que la France est un pays de littérature, plus encore que de musique.Dans ce contexte, il est difficile d'imaginer une expression musicale française passant, paradoxalement, par autre chose que le texte. (...) La dite « chanson française » ne serait pas le prolongement d'une culture musicale mais la déclinaison d'un tradition littéraire. Alors que dans le rock, la forme musicale prévaut quitte à en éclipser le texte.
En considérant le rock français comme une reproduction de tendances
anglo-saxonnes, il doit satisfaire certaines canons esthétiques du moins
par filiation. Est-ce alors une déférence qui interdirait des
croisements stylistiques illégitimes ?
En considérant le rock français comme de la chanson française alternative, il doit reposer pour l'essentiel sur un texte mis en musique. Est-ce alors cette subordination au chant qui bloquerait les hybridations au cœur même de l'instrumental ?
A noter qu'il existe des formations « zouk punk » très récentes qui se placeraient en contre-exemples, s'il ne s'agissait pas clairement d'ironie postmoderne de niche :
Petite note pour se préparer à la Troisième Guerre Mondiale.
Le tournant de la décennie 70-80 était marqué par toutes sortes de
craintes et de tensions, mais la plus terrifiante restait la
Guerre Froide et ses armes de destruction massive. Les musiciens puisant dans le zeitgeist, l'anxiété nucléaire rentra dans le Top 20.
Et d'innombrables post-punks chantèrent, obliquement ou directement, la fin du monde comme une perspective réelle et imminente.
Bien que les représentations populaires de la new pop et de l'electro suggèrent apolitisme et escapisme, ces tendances étaient loin de danser sur un volcan.
La nostalgie 80s dans ses tons néon élude ce climat apocalyptique qui traversait la décennie : la guerre nucléaire totale omniprésente dans la conscience collective et dans les productions culturelles.
40 ans plus tard, cela est de nouveau palpable, car les enjeux géopolitiques et climatiques menacent une fois encore l’existence même du monde.
C'est cette année-là que choisit Simon Reynolds pour achever son histoire du postpunk et de la new pop (Rip It Up and Start Again, 2005) notamment pour une raison : jamais les tendances rétro de la culture indépendante n'avaient autant pris le pas sur les élans futuristes.
Dès l'année précédente, les pionniers de la new pop s'étaient fait supplanter par des opportunistes s’en appropriant les éléments superficiels tape-à-l'œil. Les frondeurs se firent rares, forgeant tout de même une dance-pop de haute facture, inspirés par les nouvelles productions de l'electro et du post-disco. Là où d'autres réduisirent la new pop à un mouvement réformiste en produisant une pop actualisée, édifiante et surtout, adulte.
La new pop avait sombré dans une décadence et clairement établi la nouvelle aristocratie pop. Comme si le punk n'avait jamais eu lieu, pour paraphraser Dave Rimmer en 1985
2024 marque le quarante-cinquième anniversaire de l'acmé du postpunk. Mais n'oublions pas que la new wave, et ses tubes imparables, était alors omniprésente.
Mettons donc de côté le postpunk arty et austère. Nombreux artistes ayant commencé avant/avec l'explosion punk et qui constituèrent la nouvelle vague cueillirent cette année-là le fruit de leur effort ou simplement bénéficièrent de l'air du temps.
Pourtant, passée une poignée de têtes d'affiche à la longue carrière protéiforme, pour ce côté de la Manche, il s'agit quasi exclusivement d'une périphérie avec des formations secondaires ou dispensables. La littérature francophone ne les évoquant qu'en fin de chapitre, parmi les inclassables ou autres ovnis musicaux.
Après avoir abordé le sujet avec les dits angry young men, poursuivons sur les expressions masculines dans l’après-punk, comme précédemment avec les féminines.
Rassemblons ici quelques idées sur différentes catégories d’hommes de la new wave, new pop et de la new romance.
Dans le sillage du punk, subsistent plusieurs figures de rébellion masculine du rock, qui s'étaient déjà mis en scène en opposition au féminin :
• le misogyne bileux et violent
• le soldat et ses frères d'armes
• le nerd avec des ambitions artistiques
le poète romantique et junkie
Le post-modernisme appelant à la parodie, l'aliénation fut surjouée via des personnages cliniques allant du psychopathe au technocrate, cassant l'utopie contre-culturelle pop.
Plusieurs dandys élégants avec un penchant pour le glam et le théâtre de revue présentèrent de de nouvelles images de la masculinité faite de pose et de narcissisme. Voici quelques stratégies :
mythification avec des archétypes héroïques d'un autre temps
déshumanisation froide par des extraterrestres ou des machines androgynes
ascension sociale de playboys plein d'assurance
brouillage des genres avec une saturation cosmétique
sortie du placard avec de la provocation camp
Ces étranges explorations ne durèrent que quelques années. Et leurs questionnements des rôles ou des représentions conventionnelles du genre masculin seulement effleurés dans le cadre de performance divertissante.