28/05/2017

Fashwave

Note sur une cooptation du revival 80s par l’extrême-droite.


Rappel de précédents. Depuis l'après-punk, plusieurs sous-genres musicaux ont subi l'entrisme de la part des droites radicales : le streetpunk avec les tendances « white noise » et « rock against communism », la musique industrielle avec le neofolk et le martial industrial. D’autant plus facilement que ces scènes héritèrent du goût de la provocation du punk, et que certains de ces musiciens furent et sont encore d'authentiques militants néo-nazis.


La synthwave (aka outrun, retrowave ou futuresynth) est une tendance revivaliste autour des BO synthétiques de films et jeux vidéos des 80s. Son esthétisme compile tout ce qui fut associé à l'élan futuriste de cette époque.




La vaporwave est une évolution de la pop hypnagogique vers une muzak fantomatique. Comme l'écrit Simon Reynolds, elle se rapporte à la mémoire culturelle et à l’utopisme enterré sous les marchandises capitalistes, en particulier celles liées à la technologie grand public dans le monde du divertissement informatique et audiovisuel.


Depuis quelques années sur SoundCloud et Bandcamp, des musiciens auto-identifiés comme fascistes se sont appropriés la synthwave et la vaporwave, et tentent de faire de la rétromania 80s un nouvel outil de propagande.

En fait, nombreux nationalistes blancs ont toujours répudié les musiques « influencées par des rythmes africains ». Dans ce cadre de pensée, une grande partie des musiques électroniques est considérée comme « dégénérée » alors que la synthwave propose la musique « la plus blanche possible ». Et elle semble célébrer la suprématie de l'ère Reagan, « les derniers jours heureux de l'Amérique blanche ».

Ambiante et non dansante, la fashwave est principalement instrumentale et se retrouve être la première pop music soutenue par l'extrême-droite à être textuellement non explicite, culturellement peu marginalisante et suffisamment accessible pour avoir un attrait mainstream.



La fashwave est rapidement devenue la bande-son du mouvement néo-fasciste étasunien connu sous le nom d'Alt-Right. Et la candidature de Donald Trump cristallisa pleinement le courant musical. 

La trumpwave exploita alors l'ambivalence de la vaporwave qui passe à la fois pour anti-capitaliste (punk digital cynique, transgressif et anti-commercial) et  hyper-capitaliste (apologie de technologies obsolètes, du kitsch jetable et de la culture poubelle). Elle en accentue l'agressivité publicitaire, y supprime l’ambiguïté pour ne présenter qu'une éloge du néo-libéralisme victorieux et des yuppies.


Finalement, le peu de compositeurs véritablement fashwave ont tendance à produire une musique maladroite et dérivée, alors que les meilleurs morceaux sur les playlists sur lesquelles l'étiquette est collée viennent d'artistes synthwave préexistant, étrangers à tout engagement politique.

Quant à la trumpwave, elle a largement perdu de sa pertinence après l'élection.


Sources / pour approfondir :




ARTE BiTS, Objectivism (2017)

14/12/2016

Froidement vague, 2

Cette note revient sur la cold wave dans son sens de 1977, au regard de la compilation Close To The Noise Floor: Formative UK Electronica 1975-1984, sortie en avril dernier chez Cherry Red.



L’incursion pré-punk des synthétiseurs dans le paysage sonore britannique revient au BBC Radiophonic Workshop pour Doctor Who, à Walter Carlos pour Clockwork Orange, puis aux imports germaniques de Tangerine Dream et Kraftwerk.

A l'inverse de la guitare, la phase primitiviste du synthétiseur vint après ses débuts sophistiqués. En effet, la démocratisation de l'électronique coïncida avec le retour conscient du rock à ses basiques juvéniles sous la forme du punk. Subitement, le synthé se retrouva alors en compétition avec la guitare pour être le vrai instrument du do-it-yourself.

La scène britannique fut catalysée par une demi douzaine de locaux indépendants les uns des autres qui sortirent leurs premiers singles en quelque mois au milieu de 1978.




Leur impact combiné fut tout autant galvanisant que celui du Spiral Scratch des Buzzcocks pour les groupes DIY à guitare l'année précédente.

Passionnément désordonnés, ces débuts de l'electronica britannique furent plus que diversifiés : electro-punk, industrial, synthpop, dark ambient, ...






La plupart des ces productions fut cadrée par deux prohibitions postpunk : l'objectif de sonner le moins rock'n'roll et américain que possible ; et la rupture avec les conventions de la musique synthétique établies dans la première moitié des 70's.




Mais bien que l'ambiance d'aliénation urbaine eut bien plus en commun avec le punk et la new wave, qu'avec la ramification clinquante que sera ensuite le new romanticism, cette vague froide passa pour beaucoup comme une tendance branchée et trop arty.

cf My Perfect Cousin de The Undertones :
«  His mother bought him a synthesiser, got The Human League in to advise her, now he’s making lots of noise, playing along with the art-school boys… »
Sources :

Ben Whalley, Synth britannia (2009)
Simon Reynolds, Close to the noise floor (2016)
Oregano Rathbone, Together in electric dreams (2016)

04/11/2016

Repetition

Manifeste de The Fall sur leur premier EP Bingo-Master Break-Out (11 août 1978) exposant leur volonté de produire une musique intentionnellement crue et répétitive.


« We dig repetition in the music and we're never going to lose it » : un slogan habile qui capture une partie clé de l'esthétisme du groupe de Mark E. Smith, refusant et méprisant la « fancy music » sur-produite de l'époque.

Non sans humour, ce qui était en train de devenir leur cahier des charges détourne l'expression des « three R's » bien connus des écoliers britanniques « Reading, 'Riting, and 'Rithmetic » en « Repetition Repetition Repetition »

Dans la suite immédiate du punk, les groupes cherchèrent des façons d'étendre son fondamentalisme sonique sans gonfler vers l'indulgence du prog, et le krautrock fournit alors une foule d'indicateurs pour l'avant-garde postpunk. Can fut une source particulièrement fertile d'idées rythmiques, non seulement pour les formations tournés vers le dub comme PiL ou The Pop Group, mais aussi pour The Fall. Particulièrement la tension sombre d'Ege Bamyasi et les hypno-grooves chamanistes de Tago Mago,

Repetition exprima une version punk du credo d'auto-restriction de Holger Czukay dans les mots et le son. Ce dernier avait déclaré :
« Repetition is like a machine... If you can get aware of the life of a machine then you are definitely a master ... [machines] have a heart and soul... they are living beings' »
Un hommage explicite au groupe de Cologne datant de 1985 :